Images coloniales, images scolaires. Un ouvrage majeur d'histoire de l'art avec lequel Sophie Leclercq, croisant et analysant de multiples sources, textes et documents visuels, éclaire un point resté aveugle du colonialisme français : comment, entre 1870 et 1960, à travers une imagerie édifiante, fut enseignée aux enfants la conquête coloniale, et de quelle façon fut éduqué leur regard sur les populations colonisées ?
Une petite image de récompense de la prise de Marovoay, une chasse à l'éléphant sur la couverture d'un cahier, la projection lumineuse de Tahitiens souriants ou d'un pont à Hanoï, au mur les tâches rouges d'un planisphère… Au temps colonial, les classes de la République se parent des images polychromes de la « France des cinq parties du monde ». L'école laïque, gratuite et obligatoire est le lieu de promotion de la Nation et de ses prolongements exotiques : les colonies. La prolifération de l'image profite aussi à l'éducation qui la convoite pour ses vertus pédagogiques. L'espace scolaire est alors inondé de fascinantes illustrations exotiques d'une France grandie par ses colonies.
Comment, entre 1870 et 1960, à travers une imagerie édifiante, fut enseigné l'Empire aux enfants ? De quelle manière fut éduqué leur regard sur l'Autre et l'Ailleurs ? Faut-il voir avant tout dans ces images scolaires un ensemble documentaire visant à la connaissance de l'Empire ? S'agit-il plutôt de prolonger à l'École la propagande graphique du roman national, qui s'écrit largement comme une fiction coloniale ? À partir d'archives de l'éducation, cette étude explore les multiples facettes d'un colonialisme visuel qui envahit les écoles françaises jusqu'au crépuscule de l'Empire.
Docteure en histoire culturelle, Sophie Leclercq est spécialiste des images et des arts en contexte
colonial et postcolonial. Elle est directrice des études à l'École européenne supérieure de l'image et enseigne à Sciences Po. Elle a travaillé avec le musée national de l'Éducation et au musée du quai Branly.