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Night Drippings – Alicante-Marseille-Tokyo
Marie Bovo [tous les titres]
Kamel Mennour [tous les titres]
Marie Bovo Night Drippings Alicante-Marseille-Tokyo
Textes de Jacques Bouille, Sébastien Planas, Cyrille Brunet-Jailly.
paru en octobre 2005
édition trilingue (français / anglais / espagnol)
21,5 x 27,5 cm (relié)
64 pages (ill. coul.)
20.00 €
ISBN : 978-2-914171-22-9
EAN : 9782914171229
en stock
 
Une série de photographies nocturnes.
« Le travail de Marie Bovo s'organise en séries. La première série, exposée en 2003 à la Fiac par la Galerie Roger Pailhas, était composée de photographies nocturnes, paysages ou maisons. La série suivante “borderline”, exposée chez Kamel Mennour en 2004 traitait, à travers des clichés et des vidéos réalisés sur des plages, des représentations de certaines limites réelles, de séparation ou de frontières visuelles entre des éléments. Plus récemment, au cours du printemps 2005-2006, elle s'est rendue à Tokyo, dans le quartier mythique favori d'Araki et Moriyama, pour y réaliser une autre série : “Chimères” (présentée partiellement par la galerie Mennour à Artbrussels). C'est à partir de ces séries et de plusieurs inédits que s'est peu à peu constituée l'exposition qui trouve ici son catalogue.
Les images de Marie Bovo, fixes ou mouvantes, sont des images de nuit. De cette nuit, grâce à un temps d'exposition prolongé, Marie Bovo tire une lumière très particulière, entre chien et loup, qui est à la fois douce et vibrante. Cette démarche s'est accentuée dans les travaux plus récents. De là les traînées de lumière colorée qui apparaissent finalement dans les clichés réalisés à Tokyo. Le temps de Marie Bovo est un temps lent, patient, bien différent de celui de la perception immédiate. Ses images, bien que réalisées avec des techniques conventionnelles, sont autre chose que des photographies. Une photo se définit habituellement par l'idée d'instant. Au contraire, Marie Bovo vise ce que Hiroshi Sugimoto recherchait déjà dans ses clichés de cinéma, où le temps de pose de plusieurs heures faisait disparaître les spectateurs et le film même, pour ne révéler finalement qu'un lieu dépeuplé en apparence, étrangement lumineux.
Marie Bovo renvoie par ailleurs souvent à la peinture abstraite expressionniste américaine, par exemple celle de Pollock. Les traces de lumières, courtes et douces de la série des plages, deviennent en effet continues et violentes dans ses “Chimères” prises à Tokyo. Comme celles de Pollock, les images de Marie Bovo n'ont ni haut ni bas apparent, donc ni début ni fin pour le regard. Mais à la brutalité de l'américain née de sa technique du dripping, Marie Bovo substitue la rêverie d'un regard fixe et patient. Dès lors, les imposants buildings et leurs reflets répétés ne sont plus inquiétants, mais initient pour le regard une légère et bienveillante ivresse. Il faut donc se laisser aller à un peu de rêverie, comme le disait si bien Bachelard : on “comprendra d'instinct que les images de petite lumière sont des veilleuses intimes. Leurs lueurs deviennent invisibles quand la pensée est au travail, quand la conscience est bien claire. Mais quand la pensée se repose, les images veillent” (Dans la flamme d'une chandelle, PUF, p. 7). Ainsi ces images sont universelles car elles unissent les rêveurs.
On pourrait presque avancer que les œuvres de Marie Bovo sont des œuvres politiques, initiant comme une République des rêveurs. Si les êtres humains sont absents des séries récentes, ils sont pourtant toujours là de manière implicite. Ce sont d'innombrables anonymes qui sont à la source des lumières qui passent, défilent ou insistent fixement. Isolée dans nuit, parfois au milieu la foule, Marie Bovo n'extrait des gens que de petites lumières, des mes qui passent. “Le monde va vite, le siècle s'accélère. Le temps n'est plus des lumignons et des bougeoirs” écrivait le même Bachelard. C'est à la vitesse de la lumière que Marie Bovo réalise ses œuvres, mais cette vitesse est considérée à une autre échelle. Comme si elle retenait un pinceau. Les spectateurs du XVIIIe siècle regardaient une peinture comme nous regardons habituellement une photo (comme un témoignage de la réalité, ou comme un portrait), nous devrions parfois regarder une photo comme nous le faisons pour une peinture : comme un ensemble cohérent de formes et de couleurs qui valent pour elles-mêmes, et qui en disent long. Les images de Marie Bovo sont des rêveries nocturnes, où une éternité ivre tient dans un instant. »
Sébastien Planas, Directeur des Collections de Saint-Cyprien
Publié à l'occasion de l'exposition éponyme aux Collections de Saint-Cyprien, d'octobre 2005 à janvier 2006.
Marie Bovo (née en 1967 à Alicante, vit et travaille entre Marseille et Paris) développe un travail photographique (mais aussi vidéo) autour du paysage. Elle photographie, sur un mode sériel, les horizons incertains, les états intermédiaires, les frontières (entre la mer, le ciel et la terre, entre le jour et la nuit, entre la ville et l'espace inoccupé) indéfinissables. Organisés en séries, ses clichés frappent par leur étrange beauté plastique presque surnaturelle, leur force d'évocation poétique et leurs inspirations littéraires, tout en mettant en jeu des implications géopolitiques ou sociales, profondément ancrées dans le réel.