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Mario García Torres – What Doesn’t Kill You Makes You Stronger
Elisabeth Wetterwald [tous les titres]
Frac Franche-Comté [tous les titres] Collection Conférences [tous les titres]
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extrait
 
What doesn't kill you makes you stronger
(extrait, p. 61-62)


Tout le travail de Mario García Torres repose sur des allers-retours entre le passé et le présent. L'artiste s'intéresse à des œuvres ou des projets inachevés, des événements ou anecdotes restés méconnus, à des histoires qui ont échappé à l'Histoire, à des faits dont peu de personnes peuvent aujourd'hui témoigner, à quelques mystères irrésolus… Il leur donne des extensions ou bien les remet en scène pour les « actualiser » ; il les extrait de leur contexte historique et social pour s'interroger sur les mécanismes qui contribuent à fabriquer l'histoire, afin de voir dans quelle mesure on peut la repenser. Il s'agit bien d'hommages (Mario García Torres travaille sur des œuvres d'artistes qu'il aime) mais il est aussi question d'usage : que reste-t-il de ces œuvres ? que peut-on en faire aujourd'hui ? quelles nouvelles perspectives peut-on leur donner ?
Depuis la fin des années 1980, un grand nombre d'artistes s'emparent d'œuvres réalisées par des artistes de générations précédentes ; ils se les approprient, les détournent, les réinterprètent. Ils font usage des formes, les manipulent, les démontent et les remontent. On parle de citations, d'appropriations, de remakes, de détournements (1). Dès lors, les notions d'originalité, de singularité et de création ex nihilo s'effacent. Sous-jacentes à ces pratiques, il y a la volonté de ne pas se soumettre à la grande Histoire, aux icônes comme aux idoles, aux récits admis et reconduits ; une vigilance certaine à l'égard des idéologies (de toutes les idéologies). On ne peut pas être dupe, ni passif. On envisage l'art comme une série d'expérimentations.
Si on retrouve certains de ces procédés chez Mario García Torres (reprise, citation, reenactment), ce n'est toutefois pas le point nodal de sa démarche. Car plus que de revisiter l'histoire, il s'agit d'explorer la mémoire, et ses corollaires : Histoire, mais aussi oublis, absences, lacunes, disparitions, rumeurs, reconstructions, fictions et histoires. Il y a dans cette œuvre la présence prépondérante du récit et de la fable. Si Mario García Torres explore la mémoire, ce n'est ni pour « sauver » le passé ni pour ériger des monuments, mais pour essayer de comprendre comment les faits se transmettent, dans quelle mesure histoires, mythes et rumeurs influent sur le présent ; c'est aussi pour construire des récits permettant de réfléchir sur l'art, sur le statut de l'artiste dans les sociétés occidentales contemporaines, sur les institutions, sur la manière dont se construit l'histoire de l'art.
(...)


1. C'est ce que développe Nicolas Bourriaud dans Postproduction, Dijon, Les presses du réel, 2003.
 
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