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Mouvement #77
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Edito

« On finit par ne plus écouter la radio. » Cet aveu, soufflé en aparté d'une présentation de festival, a quelque chose de troublant. En sous-texte, un hommage à la radio de service public, la seule et l'unique. Comme si elle avait déjà un pied dans la tombe... Quand la grève commence à Radio France, le 19 mars, aucun silence sur les ondes. Le flux des radios privées abreuve les oreilles de ceux qui veulent les écouter, et les playlist musicales suscitent la curiosité, avant de tourner en boucle. Mais « on finit par ne plus écouter la radio. »

La grève à la Maison ronde aura duré 28 jours et mobilisé quotidiennement jusqu'à 600 personnes. 28 longues journées pour se lever contre « l'étranglement budgétaire » et la réduction des effectifs, inévitable suite à la baisse de dotation de l'État. Au 13e jour de grève, l'aberrante recommandation de la Cour des comptes : « Fusionner les rédactions de France inter, France info et France culture ». Doit-on réellement évoquer la nécessité de cette pluralité d'antennes (en pleine croissance) ou l'indépendance du journalisme à l'ère de la communication ? La nécessité de ce média qui s'invite dans notre intimité et auquel les français accordent le plus volontiers leur confiance ?

Il est dit que l'homme s'adapte. Aux restrictions budgétaires comme au reste. Il n'écoutera plus la radio, donc. Dira-t-il bientôt : « On finit par ne plus aller au théâtre, ni aux concerts, ni dans les librairies » ? De nombreux lieux aussi fondamentaux que le Forum du Blanc-Mesnil ont dû revoir – ou même cesser – leur programmation. Changements de municipalité, baisses de subventions, démagogie. Les institutions culturelles s'adaptent et luttent pour faire toujours « mieux », avec toujours moins. Puis les annulations de festivals, tombées par dizaines. Montpellier : Hybrides. Bayonne : Translatines. Lodève : Voix de la Méditerranée. Une surprise un peu moins grande à chaque fois, une tristesse un peu plus résignée. 

La « crise » a le dos solide. Les aberrations, en politique culturelle, n'ont pas attendu les injonctions de l'Union européenne. Tantôt brandie comme force fédératrice, tantôt comme source de gâchis, la culture est un argument facile. Dans ce numéro de Mouvement, nous enquêtons sur le Stadium de Vitrolles. La salle de concert commandée par Anglade à Ricciotti (fermée en 1998 sous une municipalité FN) attend toujours que l'on décide de son sort. Démêler les fils du passé pour éclairer un présent qui lui ressemble étrangement… Nous nous efforçons, aussi, de donner la parole aux artistes. Montrer Jean-Marie Perdix à l'œuvre, dans son atelier ou dans la fonderie où il travaille au Burkina Faso. La chorégraphe Lisbeth Gruwez, en répétitions, questionnant le sens de son geste. 

Qu'il ne soit plus possible de dire que la création contemporaine ne s'adresse qu'à une élite. Et nous continuons à filer ces connexions indisciplinaires. À la croisée de la littérature et de la peinture, nous faisons dialoguer Aurélien Bellanger et Thomas Levy-Lasne. Et de conclure avec les mots de ce dernier : « Le but de l'art n'est pas de se divertir de l'existence, mais bien d'intensifier et d'enrichir notre rapport au réel. » Ou finira-t-on aussi par apprendre à ne plus ressentir ?

Aïnhoa Jean-Calmettes & Jean-Roch de Logivière

 
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